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Paradigme de la division politique III (2018-2019)

Il s’agira de prolonger la réflexion entamée depuis deux ans. Nous gardons l’idée qu’on ne peut mener séparément une analyse de la situation politique et une recherche méthodologique sur ce qui permet l’existence d’une pensée de la politique.

Mais nous nous recentrerons cette année sur les points de tension qui sont au coeur du conflit politique contemporain. Pour cela, nous irons dans deux directions, dont il s’agira de montrer qu’elles sont solidaires en dépit des apparences : d’une part, du côté des études qui prennent pour objet « l’écologie-monde » ou le « capitalocène » ; d’autre part, du côté d’une analyse du rôle de la monnaie, et des effets ambigus de sa virtualisation.

Le point de vue reste le même : celui de ce qu’on appelle approximativement « les luttes », disons les formes existantes et opérantes du conflit politique. L’objectif demeure lui aussi inchangé : construire une approche qui permette de renforcer l’existence de ces formes, et donc celui d’un espace politique que nous devons occuper pour pouvoir à nouveau constituer une menace pour nos ennemis.

Paradigmes de la division politique (II, 2017-2018).
Dialectique et violence

Nous allons nous recentrer cette année sur le rapport entre la politique et la guerre, en tant que celle-ci n’est pas le moteur caché de la politique, qui rendrait compte de son existence en en délivrant le secret (c’est le paradigme dans son usage « platonicien »). Mais la politique et la guerre ne sont pas davantage dans un rapport d’analogie, ce qui supposerait qu’elles constituent des champs ou des domaines distincts. Entre les deux, il y a bien une intersection; mais la politique n’existe que là où elle conjure son identification à la guerre (c’est pourquoi il n’y a pas non plus entre elles pure et simple continuation ou homogénéité).

Lorsque la politique est intégralement absorbée dans la guerre (que celle-ci soit ouverte ou cachée) alors elle disparaît. Si, à l’inverse, elle forclot sa dimension guerrière – d’affrontement, de stratégie et de tactique – alors elle s’éclipse aussi.

Au cœur de la guerre, mais aussi de son intersection avec la politique et de sa conjuration par la politique, il y a la violence. Celle-ci est longtemps apparue comme ce qui ne pouvait ou ne devait pas être pensé. Aux temps de la dialectique spéculative déployée par Hegel et Marx, elle semble être devenue objet de pensée au titre de « travail du négatif ». Il nous faudra donc tout d’abord revenir sur ce que peut signifier « dialectique » dans le travail de la division politique.

Il n’est pas sûr que ce travail soit celui du « négatif ». Il n’est pas sûr non plus que la dialectique de Hegel et Marx ait réussi à faire de la violence un objet de pensée. Mais il se pourrait que la pensabilité de la division politique, et de la violence qui s’inscrit en elle, requière bel et bien une réélaboration de la notion même de « dialectique » – et donc un dialogue avec celles et ceux qui reprennent cette tentative aujourd’hui.